28/04/17

Les notes de lecture !

Un texte intrigant qui nous ramène aux vieux polars d’antan, une ambiance très littéraire et un anti-héros captivant…

Par Mélanie Carpentier
Pour l'atelier “Atelier de mars”

Note #1 : La Sicilienne, par Denys de Jovilliers

 

Impression générale : Un texte intrigant qui nous ramène aux vieux polars d’antan avec un sens du rythme efficace et une langue fleurie qui lorgne du côté d’Audiard. Le climat est mystérieux et nous fait nous poser nombre de questions : où sommes-nous exactement ? Qui est le mort ? Qui est Jovilliers et est-ce cette affaire qui l’a rendu célèbre par la suite ? Qui sont ces femmes et quels rapports entretenaient-elles avec la victime ? Qui est la Sicilienne du titre ? La fameuse Violetta ?

 

Conter plus que raconter : « Et là, il a trouvé les p’tiots dans la cave de derrière, celle où y’a le puits. Mais pour le trou sous le tas de bois, on l’a su qu’après. » On navigue dans les sous-entendus, les non-dits. La clé de l’énigme semble explicitée dans ces phrases courtes : la victime était-elle bourreau ? « Le vieux » comme il est surnommé a-t-il tué des enfants ? Sont-ils encore en vie ? Et qu’en est-il de ce trou ? On fait un pas en avant et un autre en arrière, ce qui met le lecteur dans une envie permanente d’en savoir davantage.

 

Décrire ce qui est effrayant : Ici, l’auteur a décidé de ne pas insister sur l’horreur de la vision du cadavre de la victime au moment où on la découvre : on sait juste que l’homme est décédé depuis longtemps (« ça grouillait d’asticots », « il séchait doucement »), que sa mort a dû être violente (« tête collée dans une assiette de pâtes et de sang ») et que le chien en a profité pour commencer à le manger (« il avait goûté au pépère en lui bouffant la moitié des guiboles »). On reste sur des images classiques de voisins décédés et découverts après plusieurs mois, comme dans les faits divers et on n’en saura pas davantage. Cela provoque le dégoût, mais c’est nuancé par des phrases argotiques à portée humoristique.

 

Le truc en plus : Le style très gouailleur et le mystère qui pèse à chaque paragraphe davantage intrigue et donne envie de poursuivre la lecture. On veut savoir qui est la victime, cette Violetta qui intéresse le policier et les relations exactes entre ces voisines et l’homme décédé. La dernière phrase ajoute encore davantage de mystère, grâce à un sous-entendu malin : « Nous, on savait rien, du moins, c’est ce qu’on a dit. »

 

Le truc à améliorer : Peut-être faudrait-il décrire plus précisément certaines choses. Si on reste sur notre faim, c’est aussi parce qu’il y a trop de zones d’ombre et que l’on passe très/trop rapidement d’une idée à une autre.

 

 

Note #2 : Le Contrat, par Lakme1947.

 

Impression générale : On est tout de suite plongé dans une ambiance très littéraire. En choisissant un lieu aussi connu qu’Étretat comme toile de fond, on est tout de suite entraîné sur le bateau d’Adrien. On ressent les embruns de la mer, on voit les falaises, alors que cela n’est pas explicitement décrit. Et cet état de contemplation, de plénitude que l’on partage est contrebalancé par la pêche effroyable que le commissaire fait alors. L’horreur entâche la beauté des paysages et l’on pressent que le reste de l’intrigue ira de mal en pis pour le héros fatigué.

 

Conter plus que raconter : « Il s’éloigna de la grève à coups de rames légers, tournant le dos aux turpitudes de la vie. Ce sentiment de solitude le grisait, lui apportait la sérénité qui l’aidait à supporter son métier. » Par cette simple description, on comprend toute la lassitude que vit le personnage principal, tout ce qui fait que cette balade en mer est quelque chose de vital à ses yeux, un havre de paix avant de retrouver l’horreur des jours quotidiens. Nul besoin de décrire le commissaire physiquement, on devine les poches sous les yeux, un air bourru qui cache une sensibilité à fleur de peau.

 

Décrire ce qui est effrayant : La pêche est ici loin d’être un moment heureux. Alors qu’elle représente tout pour le commissaire. Si recueillir des cadavres (a fortiori quand le héros est commissaire) est assez banal pour débuter une histoire, la nature de ces cadavres en fait tout le piment : quatre jeunes enfants ligotés dont on ne décrit pas exactement l’état dans lequel on les pêche (« Adrien crut lire sur leurs visages, la peur, le désespoir, la souffrance »). La pancarte plastifiée apporte un premier indice et le premier élément de mystère.

 

Le truc en plus : Le style est fluide, les phrases sont courtes, mais savent s’arrêter sur ce qui est important. L’auteur ne raconte pas tout, laisse des choses en suspens, mais sait mettre en haleine dans les dernières phrases où l’on pressent une enquête qui sera plus délicate et compliquée que prévue.

 

Le truc à améliorer : Ne pas perdre le lecteur tout de suite avec des envolées lyriques et des mots peu usités pour ne pas le rebuter immédiatement (« Debout sur le perrey [qu’est-ce donc ?], Adrien admirait la Manneporte drapée de cette cangue vaporeuse »). Difficile aussi de croire Étretat comme un havre de paix quand on sait que cette ville a abrité Maurice Leblanc connu pour les aventures rocambolesques d’Arsène Lupin (cf L’Aiguille creuse).

 

 

Note #3 : Une veillée, par Matthieu Parcaroli.

 

Impression générale : On est tout de suite pris dans l’ambiance avec ce récit qui place le héros comme un suspect potentiel : la victime est une prostituée avec laquelle il a couché la nuit précédant sa mort. Le héros est donc plutôt un anti-héros, un policier qui semble avoir une zone d’ombre prononcée, n’hésitant pas à sortir du cadre et qui doit être plongé dans une certaine solitude.

 

Conter plus que raconter : Si les phrases sont généralement courtes et donnent un certain sens du rythme, l’auteur est à l’aise également pour décrire l’environnement de la victime, le lieu dans lequel elle vivait/travaillait. Ce qui apporte un climat encore plus pesant, même s’il y a souvent des moments surprenants qui déstabilisent le lecteur (« C’est le premier cadavre que j’ai baisé », « son alimentation de base : trois sachets de cocaïne », « trois tenues de travail : des jupes courtes… »).

 

Décrire ce qui est effrayant : Ici, ce qui est original, ce n’est pas tant la description du cadavre de la jeune fille, sommairement brossé (« le blanc de son corps ressortait sur la plaque grenat »), mais plutôt l’appartement sordide dans lequel elle vivait. L’horreur vient de cette description-là : la saleté, la drogue, un poster de Marylin Manson, des tenues sexy… En quelques phrases, on sait exactement qui elle est. Mais on finit par avoir de l’empathie pour elle au moment où l’auteur parle du « carré des indigents » où elle risque d’être inhumée.

 

Le truc en plus : Le style est prenant, on assiste à un anti-héros policier qui va devoir enquêter sur la mort mystérieuse de la femme avec qui il vient de coucher et on devine qu’un guet-apens est peut-être derrière tout ça pour le faire tomber. On a donc, bien évidemment, envie d’en savoir davantage…

 

Le truc à améliorer : Il y a peut-être un peu trop de clichés : la prostituée vit forcément dans un appartement mal famé alors que l’inverse aurait apporté également son lot de surprises et plongé le héros dans une intrigue encore plus mystérieuse.

Les topos
01/12/17 - Les topos de Mélanie Carpentier

Comment atteindre l’orgasme ? Ou comment écrire une scène érotique qui marche…

En littérature, une scène érotique réussie nécessite un immense travail de fond. Elle requiert une exigence de tous les instants aussi bien au niveau narratif, descriptif que lexical. Voici cinq conseils pour atteindre l’orgasme (littéraire) !

Lire la suite